Seehund du graff, photograhie et peinture, donner une voix à sa créativité

By Rima Yacoub

SeehundGraffeur d’origine, Seehund élargit son registre de compétences vers la peinture et la photographie afin de pouvoir exprimer ses pensées sur des thèmes utopiques comme dystopiques. Chacun de ses talents apporte une touche personnelle puissante à ses création. Découvre son histoire et sa vision de l’art.

Peux-tu te présenter en quelques mots s’il te plait ?

Je m’appelle Victor Schegin. Je vis et travaille à Paris. Je signe Seehund. 

Quand et comment t’es-tu mis à la peinture ? Es-tu autodidacte ou as-tu suivis des études d’art ?

En seconde, un camarade de classe graffait et ça m’a fasciné. J’ai voulu comprendre comment il construisait ses lettres. J’ai d’abord fait des tags : simples signatures, puis des graffitis en volume, de plus en plus soigneux et grands. J’ai découvert le plaisir de peindre en grand en prenant mon temps sur des murs de lieux abandonnés. J’ai constaté que des lettrages ne me suffisaient plus : j’ai voulu m’ouvrir au figuratif. Je me suis mis à dessiner des visages en autodidacte. Les visages étant durs à représenter, je me suis dit que c’était un bon moyen de progresser. Un an après, j’ai voulu apprendre des techniques de dessin académique et la peinture à l’huile : la technique des maîtres. J’ai pris une dizaine d’heures de cours par semaine pendant 2 ans. Je continue cette année. Mes cours sont sous forme d’ateliers : l’étudiant travaille sur son projet personnel et bénéficie de l’accompagnement de l’enseignant. Ce type de cours me correspond très bien : il me permet de progresser beaucoup techniquement et sur mes projets personnels. Je donne également des cours particuliers de dessin académique, peinture acrylique, peinture à l’huile.

Tu étais un graffeur avant n’est-ce pas ? Est-ce que cela à influencer ton approche de la peinture ? Ou t’es-tu réinventé complètement ?

Oui, j’ai commencé par du graffiti. Mes premières toiles sont très influencées par cette période : la peinture est acrylique, les couleurs sortent des bombes de peintures et de marqueurs. Je ne sais pas si je me suis “réinventé” : je dirais plutôt que je me suis inventé. Avant mon identité artistique était à moitié muette : elle ne s’exprimait que par des lettrages. Quand j’ai commencé à peindre sur des tableaux et à représenter autre chose que des lettres ou ma signature, j’ai donné une voix à ma créativité. J’ai peint mes premières œuvres sans n’avoir jamais pris de cours. Devant l’infinité de possibilités offertes par le dessin et la peinture, j’ai commencé à chercher mon style. J’ai peint des choses très différentes, jusqu’à ce que je me plonge dans ma série actuelle étudiant l’utopie et la dystopie.

J’ai remarqué que la dystopie est un thème récurrent dans tes peintures. Peux-tu nous en parler un peu plus ?

La dystopie est un monde imaginaire dans lequel il y a une grande injustice ou souffrance. J’ai été inspiré immédiatement par ce sujet et j’ai commencé mes premiers tableaux de ma série : “99C Dreams” et “18° C”. Je me suis dit que j’aurai d’autres idées originales par la suite. C’est intéressant de peindre des scènes d’injustice ou de souffrance parce qu’on peut s’inspirer de la réalité. Je me suis inspiré de la pression en société, la technologie, la soif, les sans-abris. J’aime montrer que ce que je peins pourrait arriver en réalité maintenant, ou dans un futur proche. Par exemple : j’ai réfléchi au sein de ma série au commerce des sentiments humains. Un jour nous saurons matérialiser nos ressentis et autres forces qui nous habitent : ils auront alors une forme et seront palpables. Dès ce jour, il existera une demande et l’Homme commercialisera les sentiments. De cette idée est né le tableau “99C Dreams”, dans lequel une famille se tient debout sur une route déserte, le regard pointé vers une annonce publicitaire pour des rêves à 99 centimes.

Tu as fait une école de journalisme n’est-ce pas ? Est-ce que ces études t’ont amené à aborder des thèmes critiques tels que dans ta toile “Soif” ?

Oui, j’ai fait deux années à l’ISFJ et obtenu mon diplôme en 2018 à l’IEJ. Non, ces études ne m’ont pas directement amené à aborder des thèmes critiques. En revanche, j’ai certainement été influencé. Au cours de mon cursus de journalisme j’ai rencontré des gens exceptionnels tant au niveau des étudiants que des professeurs ou encore des clients. J’ai vécu des expériences inimaginablement enrichissantes en reportage (sur le terrain). J’ai appris au cours de mes études de journalisme à mieux écrire, à faire de la PAO sur InDesign, j’ai acquis des compétences en photo, appris à filmer et à monter. Ces connaissances me sont utiles très souvent en peinture : surtout la photo.

Quelle est ta démarche artistique ? Ton processus de peinture et ton but ?

Une partie centrale de mon travail est l’exploration du rapport entre la photographie et la peinture. Tandis qu’on puisse considérer la photo comme une extension de la peinture, je me sers de la peinture comme extension de la photo. Je regarde plusieurs photos, je vois des possibilités. Je combine plusieurs parties de différentes photos. Soit je m’inspire en regardant mes photos : l’ambiance de celle-ci irait bien avec cet objet, et cette personne dans cet escalier. Parfois j’ai plutôt une scène précise en tête et je fais des recherches et de la photo pour peindre cette scène que j’ai imaginée. Je compose mes peintures de toutes pièces. Je m’inspire de la réalité que je capture par la photo. Plus tard, je prends des éléments uniques de différentes photos et construis ma peinture avec. Récemment, par exemple, j’ai pris une photo d’une mère avec sa fille dans la rue. Observant cette photo ultérieurement, j’ai remarqué que la fille regardait quelque chose mais je ne savais pas quoi. Pourquoi ne pas peindre ce qu’elle regardait ? Ainsi est né le tableau « Bright Future » où la petite fille fixe d’un regard curieux un sans-abri. 

Quels sont tes futurs projets ?

Il s’agit de poursuivre ma série et de préparer le vernissage de ma prochaine exposition. Une dizaine de mes travaux seront exposés à la galerie Plaça Nova à Perpignan du 2 au 31 octobre 2019. Le vernissage se tiendra à la galerie le 11 octobre. Je serai présent lors de l’événement ainsi que le lendemain.

 

 

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