JML & JML : un mélange audacieux d’art et technologie

By MAD

Pourriez-vous vous présenter?
JML (José Man Lius):
Je viens du milieu des pratiques expérimentales de l’Art contemporain.  Je suis un artiste plasticien qui se réapproprie les traditions de cultures ancestrales pour révéler de nouveaux sens. Ma pratique s’inscrit dans plusieurs mouvements artistiques, du bio art à l’art conceptuel. J’utilise la photographie, la performance, la vidéo et l’installation.
JML (Jean-Marie Lavallée):
Je suis compositeur de musique, et par passion inventeur et développeur d’intelligence artificielle musicale. J’ai inventé le concept YIM (Your Interactive Music) qui révolutionne notre façon d’aborder l’expression musicale ! C’est un procédé breveté qui permet de partager la composition musicale avec l’auditeur. Pour mener à bien ce projet, j’ai longuement étudié la manière de traduire des concepts compositionnels en algorithmes informatiques. J’ai également fait des recherches sur l’ergonomie et le design, notamment comment un objet peut provoquer un mouvement qui créera une mélodie en faisant appel à l’intuition de l’utilisateur ?
JML et JML:
Notre rencontre donne lieu au tandem « JML & JML. Interactive installations & Music ».

Quand vous êtes-vous rencontrés et quel fut votre premier projet ensemble?
JML (José Man Lius):
On ne se rencontre jamais par hasard. JML & JML, c’est la rencontre improbable entre l’Europe Centrale et les Caraïbes sous le prisme de l’exception culturelle française. De ces différences naît un langage esthétique en perpétuel devenir. Au-delà de nos initiales et de nos grandes tailles, notre mental fonctionne sur un même schéma ouvert au monde. Un sens de l’analyse, un goût pour la recherche scientifique hors cadre, une imagination sans limite qui nous conduisent à explorer de nouvelles pistes numériques utilisant l’immersion sensorielle,  l’interactivité, l’intelligence artificielle, le son comme médium.

 

  • C’est seulement un imaginaire du monde, c’est-à-dire une conception de la mondialité, qui nous permettra de lutter contre les aspects négatifs de la mondialisation. Je crois qu’il faut adopter le principe : agis dans ton lieu, pense avec le monde. C’est cela la mondialité. Une politique du monde qui s’oppose aux aspects négatifs de la mondialisation.  Edouard Glissant

 

JML (José Man Lius):
Barbara Marshall (écrivaine, auteure de pièces de théâtre et des recueils de nouvelles La couleur interdite et Secrets et turbulences), cousine de JML (Jean-Marie Lavallée)  nous a mis en relation en 2018. Après l’expérience de l’installation interactive Lyrique LUX VOCE CORPORE, présentée au festival d’Art numérique Vidéoformes à Clermont en 2015, je cherchais  un dialogue avec un artiste programmeur. Jean-Marie m’a invité à son studio d’enregistrement sonore et j’ai découvert un univers ouvert sur l’héritage des cultures musicales du monde et les innovations technologiques. J’ai expérimenté l’œuvre musicale interactive YIM et j’ai senti en moi le poids d’années de solfège s’évaporer devant cette intelligence artificielle qui me permettait de m’immiscer dans une composition musicale et de la manipuler, de la transformer de façon intuitive. J’avais l’impression d’être le nouveau chef d’orchestre de l’opéra Bastille. YIM est un dispositif et procédé breveté de musique interactive. La vocation de YIM est de confronter l’auditeur à une expérience musicale interactive, évolutive et infinie, matérialisée par un dispositif intégrant différents capteurs permettant d’analyser les distances et les mouvements, puis de les transformer en une musique harmonieuse, et enfin, de les restituer en temps réel. YIM  est destiné à toutes sortes d’utilisateurs, de tous âges !

Dans un jeu d’aller-retour, nous avons collaboré sur le projet LA CHOSE 01  présenté à la fondation La Ruche Seydoux en 2019. La Chose évoque les connexions cérébrales. Elle génère toute une variété de sensations en fonction de la personne et de l’angle que l’on décide d’explorer. Tout comme dans la vie, elle contient toutes sortes d’inventions. La Chose nous parle de choix, de désir, de rencontre.

 

  • « les artistes comme producteurs importants de nos réalités futures ».  Hans Ulrich Obrist

 

JML (Jean-Marie Lavallée):
Ce fut une expérience passionnante que d’échanger avec José sur le sens de l’interactivité, d’apporter mon expérience et mes compétences techniques, d’aller au-delà de mes recherches concernant une intelligence artificielle musicale en adaptant mon expertise à la réalisation d’un projet sculptural. J’ai constaté que nous étions très complémentaires : sur le plan communication (ou je suis carrément nul !) sur les plans technique et ergonomique (que j’ai longuement étudiés et testés) et enfin sur le plan artistique (ou José a de très grandes connaissances et compétences).

Selon vous, qu’apporte l’interactivité du public dans l’art ?
JML (José Man Lius):

 

  • « une œuvre peut fonctionner comme un dispositif relationnel comportant un certain degré d’aléatoire, une machine à provoquer des rencontres individuelles ou collectives. » Nicolas Bourriaud

 

Notre démarche artistique commune crée du lien — un lien sensoriel, esthétique, sociale, affectif entre l’œuvre et le public qui peut regarder — toucher — générer du son ou du mouvement — restituer une expérience — apprendre. La liberté, l’intuition, l’erreur, l’imprévu, l’aléatoire font partie de notre processus de création.

Les technologies numériques et les médias interactifs contribuent en effet à remettre en question les notions traditionnelles d’œuvre d’art, de public et d’artiste. L’artiste n’est plus l’unique créateur d’une œuvre, mais souvent le médiateur ou l’animateur des interactions entre le public et celle-ci. Le processus de création lui-même est souvent le fruit de collaborations complexes entre un artiste et une équipe de programmeurs, d’ingénieurs, de scientifiques et de designers graphiques. Un certain nombre d’artistes numériques ont eux-mêmes suivi une formation en ingénierie. Le médium numérique pose en outre divers problèmes au monde de l’art traditionnel : lieu d’exposition, collection, vente, conservation…

Pensez-vous que rendre le spectateur acteur modifie sa compréhension et son appréciation de l’œuvre?
JML (José Man Lius):

 

  • « Les comportements du spectateur sont les enjeux de l’art contemporain ». Marion Viollet

 

L’art interactif a déplacé les limites de l’Art. Avec les nouvelles technologies, il est devenu un art de l’échange, du flux et de l’évènement. Le spectateur devient acteur et l’œuvre expérience. La notion de représentation, de dessin et de couleur laisse place à un nouveau comportement : Il s’agit dorénavant de vivre une expérience. Avec les technologies contemporaines, l’art est passé de la représentation du vivant à la représentation des comportements du vivant. L’image est toujours présente mais elle n’est plus l’objectif de l’œuvre. L’image laisse place à une interface qui permet une expérience sensorielle à vivre et à manipuler. L’intuition et le libre arbitre permettent de saisir le fonctionnement, la « notice » de l’œuvre. Le spectateur n’est pas seulement un interprète, il décide d’agir sur une partie de l’œuvre et parcourt un programme qui influence de manière aléatoire ce qui se produira à l’écran ou dans le mouvement.

JML (Jean-Marie Lavallée):
Au delà de l’aspect ludique, l’interactivité permet l‘échange affectif en brisant les barrières de la connaissance ou de la pratique savante d’un art. Dans le cas de notre travail commun, la forme interactive « La Chose », le public s’amuse à transformer cette réalisation plastique, dans le cas de YIM, plusieurs fois, j’ai constaté un impact hyper puissant auprès des utilisateurs : Une femme tombe en larmes après avoir réaliser un rêve d’enfant qui lui semblait impossible : créer de la musique ! J’ai également testé un de mes appareils auprès d’une personne atteinte de la maladie  de Charcot. Prisonnière de son corps, elle n’avait plus que la possibilité de s’exprimer avec d’infimes mouvements d’un doigt. En adaptant la sensibilité de YIM à des mouvements très courts, elle a pu avoir accès à la création, à l’expression musicale. Ces moments de partage ont été très très puissants ! Dans des cas moins extrêmes, ces échanges procurent de nouvelles sensations qui enrichissent émotionnellement les spectateurs/acteurs et nous-même, par ricochet.

Quels sont vos prochains projets ensemble?
JML (Jean-Marie Lavallée):
Nous préparons YIO (Your Interactive Orchestra) l’installation interactive et sonore qui est la version multi-utilisateurs de YIM. Le concept de l’œuvre est l’orchestre interactif. Cette installation d’un nouveau genre est composée de 8 à 32 totems disposés au centre d’une pièce. 8 à 32 visiteurs/utilisateurs forment une ronde. Leurs mouvements, leurs gestes intuitifs, sont transformés en musique.
JML (José Man Lius):
YIO promet une belle expérience pluri-utilisateurs. Nous préparons également de nouvelles expériences visuelles ou sonores : YIV (Your Interactive Vidéo),  un miroir interactif, des structures expérimentales…

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